Ça fait un moment que je voulais parler de Baraka. Il se trouve que le moment si prête pas mal au moment où le photographe/pilote à moustache le plus connu au monde envahi tout ce qui diffuse du pixel (télé, cinéma, dvd, blue ray, salon de coiffure...) avec sa production Besson et son support internationalo-gouvernemental.
Baraka donc. "Bénédiction" en arabe et en hébreu, message de paix face au cataclysme dépressif annoncé de Home. Les 17 ans qui les séparent (le film est sorti en 1992) a sûrement chargé le pot de peinture noir de Yan Arthus Bertrand. Mais là où le moustachu peut agacer par ses commentaires incessants, le réalisateur de Baraka, Ron Fricke a compris que l'image se suffit à elle-même. Pas besoin de prendre le spectateur par la main, le rendre simple témoin l'oblige décrypter lui même le constat, pour finalement le rendre meilleur acteur.
Et surtout, là où Home s'échappe difficilement du documentaire de luxe démago, Baraka possède une vision artistique puissante qui touche directement l'âme du spectateur, sans passer par le filtre d'un esprit civique mal dégrossi. Les plans sont pourtant (à dix-sept années près) les même, mais la où Home en fait un aller-simple vers l'enfer, le film de Ron Fricke fonctionne en un aller-retour magistral.
Petit décryptage :
1. Une nature puissante, des animaux en symbiose avec
2. les hommes et leurs principales religions, arrivant à cohabiter avec leur environnement
3. Montée en puissance de la société de consommation, les animaux et la nature exploités par l'homme
4. La machine s'emmballe, les hommes deviennent leur propre bétail (emmbouteillages, métro)
5. Point de saturation, un acteur de théâtre japonais Nô hurle. sans son
4. Les hommes s'entre-déchirent, la guerre
3. Décheteries et mines à ciel ouvert, la terre est éventrée
2. Ruines englouties Maya, Egypte ancienne, les civilisations humaines disparues
1. Etendues désertiques, fin sur un ciel étoilé
samedi 6 juin 2009
Baraka = Home.zéro
samedi 16 mai 2009
samedi 4 avril 2009
Se regarder dans le Miroir Noir, Pt.1
Je regarde/consomme un paquet d'œuvres artistiques, principalement par gloutonnerie intellectuelle comme d'autres s'enfilent des fraises Tagada, fument des clopes ou font du saut à l'élastique du haut d'un pont. Une envie irrépressible, un besoin de se secouer les neurones. Et de toutes, rien ne m'a jamais autant chamboulé que celle d'Arcade Fire. Devant des artistes pourtant plus "importants" pour moi.
Là je viens de voir, ou plutôt d'être absorbé par le Miroir Noir d'Arcade Fire, un document de 70 minutes sur leur dernière tournée, ni vraiment concert, ni vraiment documentaire mais des expérimentations et une expérience. Et de nouveau de me faire emporter par une décharge d'émotion brute comme un gamin dans les chute du niagara. Le fait que leur concert de l'Olympia en 2008 soit l'un des plus marquant de ma vie n'y est sûrement pas pour rien. Et le fait que j'ai vécu une fin de semaine sentimentalement chaotique pas moins. Mais ce n'est pas juste un bonus à Neon Bible (leur deuxième album), c'est une vrai excroissance, une œuvre indépendante à laquelle on a donné le don de vision, en l'occurrence celui de Vincent Moon le réalisateur des extravagants Concerts à Emporter.
Regardable en intégralité sur Pitchfork uniquement cette semaine : http://pitchfork.com/tv/#/episode/388-arcade-fire-miroir-noir/1
mardi 10 mars 2009
The Fall

The Fall/La Chute, comme on tombe amoureux, se vautre à ski où ici, la chute d'une histoire, son dénouement (tragique) mis face au scintillement de l'ensemble de son déroulement.
The Fall donc, 2006, un film de l'indien Tarsem Dhandwar Singh, dit Tarsem (réalisateur de The Cell et surtout de clips comme celui-ci). L'histoire est une histoire dans l'histoire, un homme alité racontant une fable épique à une petite fille au bras cassé dans un hopital du Los Angeles de 1915, réutilisant les personnages qui les entoure à la manière du Magicien d'Oz.
Alors voilà, maintenant j'ai un problème : j'ai adoré ce film, son esthétisation presque à outrance, ses personnages imaginaires colorés, ses personnages réels touchants, sa fin dramatique... Le truc embêtant comme des poils de chats qui s'incrustent sur votre caban, c'est que Mr Tarsem malgré son talent a.tout.piqué.
Piqué le concept même du film, un monde imaginaire formé des personnages de la réalité (le Magicien d'Oz) ; la structure narrative, un homme alité dans un hôpital racontant une histoire -de pirates cette fois- à un enfant dans laquelle ils prennent part (Yo Ho Ho) ; un bestiaire emprunté à Del Toro (Le Labyrinthe de Pan entre autre)... et des plan-séquence entier de Baraka, un film-documentaire magistral de Ron Flicke sur le rythme de la vie, qui tiennent vraiment cette fois du plagiat.
Alors quoi ? Je dois renier ce film et m'en tenir aux originaux ? Cracher sur Tarsem ? Il faut dire que le personnage n'a pas l'air très sympathique sur un plateau, à la limite de l'autoritaire. Mais les images qu'il a créé dans mon esprit mon bien marquée, en particulier le générique d'introduction en noir et blanc au ralenti, la 7e symphonie de Beethoven (sur la platine) rythmant des images d'un rêve éveillé sur un pont ferroviaire. Ça au moins lui survivra, et très largement.
Bande-annonce : http://www.youtube.com/watch?v=LaoxB-eLHQ8
Opening : http://www.youtube.com/watch?v=QhARR-zmTCE
mardi 16 décembre 2008
"All right, remember this people : music videos are back!"
Beyoncé - Single Ladies (Put A Ring On It)
Je suis pas fan de sa musique à la base, mais le réalisateur du clip a tout compris : 3 danseuses pas plus, noir et blanc, une réalisation simple (pas de décor), un jeu d'éclairage qui crée un rythme coordonné à la musique, des changements de plan qui évitent judicieusement de rendre épyleptique aux bons moments... Tous ces effets subtilement gérés qui permettent de se laisser hypnotiser par la chorégraphie des filles. Une simplicité et un style visuel qui serait presque à rapprocher du cinéma expressioniste, c'est fou.
et la simplicité de l'ensemble fait qu'il se retrouve instantanément copié et parodié :
http://www.youtube.com/watch?v=LBC7pilGoPc
http://www.youtube.com/watch?v=eidpOdDX8Qg
dimanche 2 novembre 2008
Ch-ch-ch-ch-Changeeees!
J'ai eu la larme à l'œil comme un con au boulot en regardant le docu-propagande-humaniste de 30 minutes d'Obama.
Il joue sur la corde sensible avec la petite musique et les images d'épinale de l'Amérique mais c'est simple, direct, humain et surtout super bien filmé. Ça vient pas de nul part c'est filmé par Davis Gugghenheim, le réalisateur du "Une Vérité qui Dérange" d'Al Gore avec deux oscars dont le dvd traine toujours sur mon bureau... et que je n'ai toujours pas vu.
Parfaitement monté -presque trop, le monsieur est réalisateur de série télé à l'origine-, découpé avec 3 portraits de catégories sociales différentes et sensibles (la mère de famille blanche qui essaye de joindre les deux bouts, les retraités blacks qui risquent de perdre leur maison, une assistante sociale qui accumule les boulots) et surtout issus de 3 "Swing States", donc pas inintéressé. Et une quasi autobiographie de Barack associé à la présentation de son programme ainsi que des extraits de ses principaux discours dont le lyrisme colle parfaitement à ce docu-propagande humaniste.
lundi 27 octobre 2008
Crash centralisé
Équipé du sandwich déjeunatoire au boulot, je me suis regardé à quelques jours d'intervalle les deux moitié de Death Proof, alias la chiantissime traduction "Boulevard de la Mort" de Tarantino. Et c'est un sacrément bon divertissement, qui dans sa première partie va bien au-delà pour atteindre le "cinéma" le vrai, avec des si, du nez et un mat. Avant de s'essoufler pour la deuxième partie, mais qu'importe.
Deux scènes en sont responsable, dont celle dans la boite youtube ci-dessus. Un lap-dance d'anthologie qui ne se contente pas d'être très bien filmé et accompagné (Down in Mexicaaaali), mais aussi subtilement amené et préparé depuis le début du film par petites touches, et suivi d'une deuxième scène d'anthologie qui lui donne encore une autre dimension. Un crash où la bande-son "Hold Tight" donne le rythme de la succession de plan et son issue. Du sexe à la mort en somme, ou la vie selon Tarantino.
Ce dernier qui prend clairement son pied et plante le décor. Genre c'est moi le patron du film, donc le patron du bar, c'est moi qui choisi l'ambiance et la musique -avec le jukebox-, et quand j'ai envie de mettre en valeur la voiture du méchant, j'ai juste à demander à quelqu'un d'appuyer sur un interrupteur directement dans le film. Le pied !
mardi 14 octobre 2008
Supercalifragilisticexpialidocious
- Il est sorti en 1964 en plein Beatlesmania, l'influence des quatre garçons dans le vent sur les chansons du film des Sherman Brothers est latente,
- Il a d'ailleurs été tourné dans les studios Twickenham de Londres en même temps que "A Hard Day's Night" des Beatles,
- "Qui Veut la Peau de Roger Rabbit" lui doit tout (mix prise de vue réelle/animation, humour surréaliste, les pingouins font une apparition),
- Jim Carey -plus grand comique américain des années 90 ?- doit beaucoup à Dick Van Dyke (Bert dans le film) et sa danse avec les pingouins,
- Supercalifragilisticexpialidocious.
But The Owls Are Not What They Seem...
dimanche 13 avril 2008
Joli Béton
Noir, Blanc, deux enfants sauvages de "Trésor Ville". Dur et enragé, innocent et lunaire face à la bêtise et la violence d'un monde d'adulte. Ce film d'animation japonais, mais réalisé par un américain est un choc des cultures d'une poésie brute.
Amer Béton (puisque c'est son nom) est visuellement virtuose et d'une humanité folle, je crois que ça correspond assez bien à ce qu'on appelle un "chef d'œuvre". Avec, disons... Akira ou Ghost in the Shell. Oui, il y a trop de superlatifs dans cette note, mais c'est voulu.
Un article sur Le Monde.fr
samedi 22 mars 2008
The Darjeeling Limited
Film avec le burlesque très particulier de Wes Anderson, on aime ou on aime pas, moi j'adore. The Life Aquatic était déjà ma comédie préférée du monde de ma vie (Bowie oblige), et j'appréhendais un peu que The Darjeeling souffre la comparaison... et pas du tout.
Pour sûr c'est le même humour, la même façon de filmer avec ses cadrages parfois volontairement rétros (la scène de l'accident de la rivière) et frontaux, une direction artistique poussée à l'extrême (même la typo dans le film est travaillée, chose quand même assez rare), ainsi que la présence d'Owen Wilson et Bill Murray, avec des rôles et importances certes très différentes...
MAIS l'Inde a sa magie propre, ses paysages et couleurs, ses odeurs qui rendent ce film unique. La personnalité humble, paisible et joyeuse des indiens contraste d'autant plus avec les trois frangins pourris gâtés un peu idiots et terriblement Nouvelle Angleterre (non mais ces bagages). Owen Wilson est loin d'écraser les deux autres par sa présence, malgré ses bandages absurdes. Adrian Brody est incontournable avec ses jambes interminables, ses mouvements de chimpanzés (la scène d'intro en ralenti avec du Kinks, un délice) et sa tête de chien battu très bien mise en valeur. Jason Schwartzman a carrément son court-métrage avec Nathalie Portman avant le film (à la trame reliée à ce dernier), son flegme et ses complication sentimentales tordantes. Et le train, un personnage à part entière !
Enfin, je ne dirais pas que c'est un chef d'œuvre comme There Will Be Blood, mais ce film m'a peut-être plus touché.
dimanche 2 mars 2008
Quand le film de l'année sors en février
Je m'attendais à un chef d'œuvre, j'ai vu un chef d'œuvre.
J'avais tellement décortiqué la bande annonce que ça n'a même quasiment pas été une surprise. Kubrick est vivant et s'est essayé au film de Far West, je veux dire de la même façon qu'il a réinventé le film d'horreur avec Shining ou le film de SF avec 2001. Les cadrages comme des tableaux, l'ambiance sonore pesante, la réalisation sobre permettant de mettre en avant les acteurs et l'histoire... Ce qui est sûr est qu'il s'agit d'un film exigeant (comme un paquet de chef d'œuvre).
On a suffisamment parlé de la performance de D.D. Lewis (en rien comparable avec celle de Bardem, malgré le tournage au même endroit), mais on peux souligner celle de Paul Dano, hystérique religieux, et au final empêtré dans ses faiblesses. Et SURTOUT la bande-son de Johnny Greenwood, qui n'a rien à envier en pertinence à de l'Ennio Morricone, et qui s'avère très importante au film ; et ce dès les sirènes sonores des premières images...

